La dépendance numérique augmente la solitude, l'anxiété et la dépression

La dépendance numérique augmente la solitude, l'anxiété et la dépression

Alexandra Bresson

En cas d'addiction, le véritable lien social peut paradoxalement être affecté ce qui peut entraîner des symptômes psychiques similaires à ceux d'autres addictions connues.

 

Tabac, alcool, cannabis, opiacés, cocaïne, amphétamines, jeux de hasard... autant de produits qui peuvent créer une addiction. D’un point de vue scientifique et médical, les addictions se définissent comme « des pathologies cérébrales définies par une dépendance à une substance ou une activité, avec des conséquences délétères explique la Mildeca*. L'Organisation mondiale de la santé définit quant à elle le syndrome de dépendance « comme un ensemble de phénomènes comportementaux, cognitifs et physiologiques dans lesquels l’utilisation d’une substance psychoactive spécifique ou d’une catégorie de substances entraîne un désinvestissement progressif des autres activités. »

Parmi les addictions sans substance, seul le jeu pathologique (jeux de hasard et d’argent) est cliniquement reconnu comme une dépendance comportementale, selon la Mildeca. Pourtant ces dernières années, un autre élément peut s'ajouter à la liste : l'hyperconnectivité, via l'ordinateur mais surtout via le smartphone. Alors que certains chercheurs mettent déjà en garde contre l'addiction aux selfies, des scientifiques de la San Francisco State University affirment que les smartphones font partie intégrante de la vie de la plupart des gens, pour rester connectés et informés en tout temps... au point que certains se trouvent incapables d'ignorer la moindre alerte ou notification.

 

Le corps et l'esprit ne sont jamais au calme

Leur étude soutient ainsi que la surutilisation des smartphones est semblable à n'importe quel autre type de toxicomanie. « La dépendance comportementale liée à l'utilisation de smartphones commence à former des connexions neurologiques dans le cerveau de la même manière progressive que les personnes qui prennent de l'Oxycontin pour soulager la douleur. », explique le Pr Erik Peper. Sans compter que la dépendance aux médias sociaux peut avoir un effet négatif sur le lien social. Dans un sondage mené auprès de 135 étudiants, les chercheurs ont constaté que les étudiants qui utilisaient le plus leur téléphone se déclaraient le plus exposés à un sentiment d''isolement, d'anxiété voire de dépression.

La solitude serait une conséquence directe du remplacement de l'interaction classique en « face à face » par une autre forme de communication « où le langage corporel et d'autres signaux ne peuvent être interprétés.» Les chercheurs ont également constaté que ces mêmes étudiants étaient presque constamment connectés tout en étudiant, en regardant d'autres médias, en mangeant ou en assistant à un cours. « Cette activité constante laisse peu de temps au corps et à l'esprit pour se détendre et se régénérer. », ajoute le Pr Erik Peper. « Il en résulte que ces personnes font plusieurs tâches en même temps, mais moitié moins bien que s’ils étaient concentrés sur une seule et même tâche. »

 

L'importance de s'octroyer des moments

Les chercheurs estiment que les notifications, vibrations et autres alertes sur les téléphones et ordinateurs sont tout de suite regardées car elle déclenchent dans le cerveau les mêmes voies nerveuses qui alertaient d'un danger imminent, comme une attaque. « Mais maintenant nous sommes pris en otage par ces mêmes mécanismes qui nous protégeaient autrefois et nous ont permis de survivre, pour des informations les plus triviales. », soulignent-ils. Mais comme il est possible de se « sevrer » de certaines substances, avec de l'aide si besoin, il serait également possible de se prendre en charge et de s'entraîner à être beaucoup moins dépendants aux téléphones et aux ordinateurs.

« La première étape consiste à reconnaître que les entreprises de téléphonie manipulent notre sens biologique de réaction au danger. », affirme le Pr Peper qui suggère de désactiver les notifications inutiles, de répondre aux e-mails et aux réseaux sociaux à des moments précis de la journée et de se programmer des périodes pour se concentrer exclusivement sur des tâches importantes. Autre exemple donné : en cas de sortie avec des amis, tous les téléphones sont posés au milieu de la table et le premier à le toucher offre sa tournée. « Nous devons aborder la technologie d'une manière qui intègre toujours les compétences dont nous avons besoin, mais qui n'enlève rien à l'expérience de la vie réelle. », conclut-il.

*Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives